Le Fil d'Ariane

Hommage à René MAURY
Par Maxime Maury (son fils ainé)

Papa était originaire de cette terre de Béziers et de Capestang où il va maintenant reposer auprès de ses parents Émile et Henriette Maury, nos grands-parents bien aimés.

A Béziers au « Café Maury », il avait passé les moments les plus chaleureux de son enfance et de son adolescence près de ses grands-parents et de sa tante originaires de l’Ariège. Il y avait commencé sa carrière d’avocat, spécialisé dans la défense des prostituées.

Alors qu’il était apprécié comme avocat, Il est entré à 26 ans dans la carrière universitaire comme professeur agrégé (économie politique), l’un des plus jeunes de France en 1954.

Il se sentait profondément lié à l’histoire de ce château de Capestang, où sa Maman avait été conçue.

Sa jeunesse a été profondément marquée par la recherche des origines d’Henriette, sa mère, et par sa volonté de la faire reconnaître par son père Henri Rouanet, ancien propriétaire du château de Capestang qui repose ici avec sa fille.

Toute sa vie a été orientée par une quête incessante : quête boulimique de connaissance et quête de reconnaissance comme auteur.

Du « Café Maury », où enfant il observait la société biterroise, jusqu’à l’Université de Montpellier, il a posé un regard impitoyable sur la vie et sur les hommes, un regard sans concession, un regard lucide et parfois teinté de misanthropie dans lequel se mêlaient un brin de génie et un zeste de folie tempéré par un solide bon sens. Cette qualité terrienne il la tenait de son père, ariégeois, ouvrier devenu professeur de l’enseignement technique, Émile Maury.

Ce père dont il disait qu’il lui avait ouvert les portes de la connaissance en lui ouvrant celles de la Bibliothèque Municipale de Montpellier dont il avait lu tous les livres un à un, là où est aujourd’hui le Musée Fabre, dont il connaissait admirablement la peinture, une de ses grandes passions.

Il a fondé l’Institut de Préparation aux Affaires de Montpellier en 1956 quand ce type d’enseignement universitaire n’existait nulle part. Il y a invité pour ses étudiants les plus grandes personnalités de l’époque. Il a introduit la modernité à l’Université de Montpellier en se fondant sur ce qu’il avait appris en Amérique à la Harvard Business School.

Il a marqué de son esprit sincère et original des générations d’étudiants. Pour l’avoir connu très jeune, je sais qu’il avait la générosité des grands universitaires. Même si par la suite la souffrance de ses origines et ses choix personnels l’ont endurci. Il ne laissait personne indifférent.

Il laisse une œuvre littéraire abondante et éclectique :

Européen convaincu, il publie son premier ouvrage en 1958 : « L’intégration européenne » au moment même de la mise en œuvre du marché commun. Il restera toujours attaché à l’idée d’un fédéralisme européen centré sur les grands enjeux géostratégiques.

De « L’homme mystifié » qui suivra en 1966, on retiendra qu’il ne voulait être dupe de rien ni de personne. Il se méfiait des institutions qui lui apparaissaient hypocrites et conformistes. Il cherchait toujours la créativité.

Des générations d’étudiants ont travaillé sur son manuel d’Économie politique.

Après le premier choc pétrolier de 1973, il a publié deux ouvrages qui ont fait autorité : « La société d’inflation » et « Pour comprendre la crise » dont il pensait qu’elle durerait très longtemps.

Plus tard viendront ses philippiques lucides et féroces contre un État qu’il jugeait trompeur et néfaste. Sa pensée se situait dans la pure tradition des libéraux français des dix-huit et dix-neuvième siècle comme Frédéric Bastiat auquel il faisait penser : ainsi de « l’État-maquereau », son œuvre maîtresse, et de « J’accuse l’impôt sur le revenu, supprimons-le ! ». Au-delà de ses exagérations, il dénonçait une société française malade des rapports avec son État. Il croyait profondément dans la liberté, dans la responsabilité personnelle et dans le talent. Il avait l’optimisme et l’intransigeance des vrais libéraux.

Il refusait toutes les étiquettes et se voulait historien autant qu’économiste, sociologue autant que naturaliste ou anthropologue. Il était bien en cela un universitaire épris d’universalité comme il y en avait autrefois : ainsi sa passion profonde pour Napoléon, l’homme d’action par excellence à ses yeux, l’a amené à son extraordinaire enquête historique sur l’empoisonnement de l’Empereur dont il fit plusieurs ouvrages dont « L’assassin de Napoléon ». Et de là ses livres sur la Montpelliéraine Albine de Montholon dont il a fait largement connaître la personnalité. Puis de Napoléon à Hannibal, il a poursuivi son aventure littéraire, et a publié au cours de sa vie plus d’une vingtaine d’ouvrages que l’avenir jugera.

Son œuvre devra être conservée et protégée. Avec ses anciens étudiants, qui l’ont revêtu post mortem de sa toge universitaire et créent en son honneur le Grand Prix entrepreneurial René MAURY, nous prendrons des initiatives pour la faire connaître aux Montpelliérains.

Au-delà de son immense culture, son esprit était celui d’un homme indomptable, insoumis, rebelle, fort en gueule. Il correspondait aux traits typiques des gens du biterrois, cette terre du vin et de l’insoumission, mais aussi cette terre de lumière chantée par Trénet, Brassens et Valéry. Il se reposait de ses origines dans son amour des îles britanniques, particulièrement en Irlande où il a chassé et enseigné. Il va maintenant retourner dans cette terre du Languedoc, près du Canal du Midi, aux côtés de ses parents et son grand-père.

Il avait deux amours : la nature qu’il célébrait au travers de la pêche et de la chasse, et Marie-Hélène qui l’a soigné jusqu’au bout de la maladie.

Il est mort lucide et sans souffrances.

Il était athée comme son père, mais interpellait sans cesse Dieu et le Pape, comme s’il avait voulu cessé de l’être. Il m’avait appris cette citation de Goethe : « Je suis l’esprit qui toujours dit Non ». Mais je sais que sa Maman croyait dans la rédemption des chrétiens et dans la grandeur du mystère de Noël. Puisse-t-elle maintenant m’entendre et prier pour le salut de son fils. Puissions-nous nous unir à elle dans le secret de nos prières.



Biographie

René MAURY
René Maury
Universitaire, Consultant international
Décédé le 21/01/2014


Maury, René, Jean, Simon,
Universitaire, Consultant international.

Né le
29 janvier 1928 à Béziers (Hérault).
Fils d' Emile Maury, Professeur de collège technique, et de Mme, née Henriette Rouanet.

Divorcé
de Mme, née Geneviève Vialet (3 enfants : Maxime, Isabelle, Emmanuel).

Marié
en secondes noces le 15 juin 1981 à Mlle Marie-Hélène Le Baud.

Etudes
Lycée de Montpellier
Facultés de droit et des lettres de Montpellier
Business School de Harvard

Diplômes
Licencié ès lettres
Docteur en droit
Agrégé de sciences économiques
ITP (Harvard)

Carrière
Avocat à la cour d’appel de Montpellier (1949-51)
Chargé de cours à la faculté de droit de Lyon (1952-54)
Professeur à la faculté de droit de Montpellier (1954-97)
Directeur-fondateur de l’Institut de préparation aux affaires de l’université des sciences et techniques du Languedoc (Montpellier-II) (1956-81) devenu IAE
Professeur invité à la Keio Business School de Tokyo-Yokohama (Japon) (1983-95)
Professeur adjoint à l'université de Limerick (Irlande) (1991-97)

Œuvres
Manuel d’économie politique (4e éd., 1974, 6e éd., 1980)
L’Intégration européenne (1958)
L’Homme mystifié (1966)
La Société d’inflation (1973)
Pour comprendre la crise (essai, 1975)
Marianne à l’école japonaise (1986)
Les Patrons japonais parlent (1989)
L'Etat maquereau (1992)
L'Assassin de Napoléon (1994)
J'accuse l'impôt sur le revenu (1996)
La Libération des pauvres (1997)
Albine, le dernier amour de Napoléon (1998)
L'Enigme Napoléon résolue (en coll., 2000)
Prodigieux Hannibal (2004)
Agnès Sorel assassinée (2007)
Pour vous faire rêver. Réflexions sur l'art de vivre (2008)
Pour que nos jeunes gagnent (2010)
L'impossible à votre portée (2009)
L'histoire imaginaire (2011)
Que votre cruauté soit faite (2011)
L'économie gouverne notre système éducatif (2012)

Décoration
Chevalier de l’ordre national du Mérite
Officier des Palmes académiques

Distractions : jeu d’échecs, bridge
Collection de tableaux
Sports : pêche, chasse, natation